”L’été 2026 aura eu ce goût-là : celui d’une ville vidée de ses certitudes, cuite à petit feu, où un jeune photographe parisien a choisi de rester pour tout regarder.
Augustin Pasquini a été le témoin privilégié d’une saison qui ne ressemble à aucune autre. Pas un reportage commandé, pas un quartier réservé, la rue entière, Paris entier, sous cette chaleur qui redessine les corps et les usages. Une pratique affûtée par la répétition, la sérénité d’un photographe qui sait, désormais, où il doit se tenir un 15 août.” Jonas Cuénin
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Je me souviendrai longtemps de l’été 2026, si unique. J’habite à Paris depuis toujours. Oui, j’ai décidé d’y passer la plupart de temps. Dans cette ville qui se vide, un peu étrange, pour photographier cette série sur le canal Saint-Martin.
Les canicules à répétition changent tout. Il y a eu cet effet de flottement, dès le mois de Juin, puis tout au long de l’été. Quand je sortais pour shooter et qu’il faisait 40 degrés, je ressentais cette lenteur pesante, cet entre-deux. Au revoir la productivité. Tout était plus lent. Une énergie lourde, en opposition à l’habituelle effervescence parisienne que je m’attache d’ordinaire à capturer. J’ai essayé de témoigner de tout ça avec mon appareil, de voir se manifester à travers les images, cette moiteur. Un geste, une lumière, une peau luisante. Un saut dans l’eau.
Que c’était incroyable de naviguer autour de ce canal Saint-Martin. J’ai souhaité en faire le sujet principal de mon été. J’y ai constaté la force brute d’une mesure politique. Y rendre la baignade autorisée a eu un impact concret sur la vie des parisiens.
Ce canal est à tout le monde maintenant. Ça ne sera plus jamais comme avant. Ça ne peut plus jamais l’être, il n’y aura pas de retour en arrière.
J’y vois une acceptation, un renoncement, à l’état caniculaire de la ville, par les pouvoirs publics. On dit que c’est l’été le plus frais du reste de nos vies.
En tant que photographe, c’est un terrain de jeu nouveau, extraordinaire. Toujours des portraits verticaux au 35 mm, cette focale que j’apprécie tant, qui m’oblige à me déplacer. Être proche, très proche, présent, connecter, ne pas tricher. Des gens qui sortent les matelas, les paddles, les bateaux gonflables. “Bientôt les jet-ski”, me disaient mes amis. Je me dois de témoigner.
Cet été, mon énergie personnelle, différente, alignée avec cette ville, j’ai voulu vous la présenter.